Le Vreneli

La plus célèbre monnaie d'or suisse, mais également la plus méconnue

Ausschnitt Münzbild Goldvreneli Vorderseite
Bienvenue

Nous avons le plaisir de mettre à votre disposition dans ce guide, toutes les informations utiles concernant la célèbre pièce suisse de 20 Francs Vreneli, ainsi que des éléments inédits sur l’histoire de sa création et de sa production.

Ce guide vous sera très utile si vous souhaitez vérifier si un millésime rare se trouve parmi vos exemplaires avant leur vente. Si vous vous intéressez simplement à l’histoire passionnante de cette célèbre pièce d’or suisse, vous êtes également au bon endroit.

Les nombreuses informations mises à disposition ici sont issues de nos recherches approfondies dans la littérature numismatique, les archives fédérales suisses ainsi que dans les revues et journaux des 19e et 20e siècles.

Nous avons en outre complété ce guide par des informations utiles sur les pièces de 10 Francs et 100 Francs (1925) Vreneli, ainsi que sur la pièce de 20 francs du type « Helvetia ».

Table des matières

20 Francs Vreneli
1897–1949

Vreneli « à la mèche »
Rareté de 1897

Vreneli « de Gondo »
Rareté de 1897

Erreurs de frappe :
autres raretés

Contexte
et antécédents

Histoire passionnante
du Vreneli

Le surnom Vreneli
Origine & liens

La production du
Vreneli

20 Francs Helvetia
1883–1896

10 Francs Vreneli
1911–1922

100 Francs Vreneli
1925

Désirez-vous
vendre vos monnaies ?

Si notre guide atteint son objectif, vous ne vendrez pas au prix de l’or un rarissime « Vreneli à la mèche » dont la valeur est estimée à plus de 100’000 francs suisses.

Avertissement: Après la lecture de ce guide, il se pourrait bien que vous trouviez vos Vrenelis si passionnants, que vous ne souhaitiez plus vous en séparer. Nous serions alors très heureux de vous accueillir dans le cercle des nouveaux collectionneurs de monnaies.

20 Francs Vreneli

Caractéristiques, millésimes,
tirages & valeur

20 Franken Goldvreneli 1906, Avers
20 Franken Goldvreneli 1906, Revers

Avers: HELVETIA. Buste de femme à gauche,
la robe brodée d’edelweiss, à l’arrière-plan des montagnes. En bas à droite, signature F. LANDRY, cercle de perles.

Revers: 20 FR. Ecusson suisse sur branches de chêne entre indication de valeur,
en bas millésime et marque d’atelier B, cercle de perles.

Valeur nominale: 20 francs suisses
Période de production: 1897-1949
Tirage total: 58’634’255 exemplaires
Créateur: Fritz-Ulysse Landry
Inscription sur tranche, 1897-1935: 22 étoiles
Inscription sur tranche, 1947-1949: *****AD LEGEM ANNI MCMXXXI*

Diamètre: 21 mm
Epaisseur: 1.25 mm
Poids: 6.45 g
Métal: 900/1000 or et 100/1000 cuivre
Poids or fin: 5.80 g
Orientation des coins: opposée ↑↓

La couleur du Vreneli peut varier, allant de l’or rougeâtre à l’or jaunâtre. Bien que la proportion d’or soit toujours de 90% (900/1000),
les millésimes se distinguent par leur couleur en raison de la part de cuivre (rougeâtre) ou d’argent (jaunâtre), qui varie également.

Millésimes & tirages

1897 – 1898 – 1899 – 1900 – 1901 – 1902 – 1903 – 1904 – 1905 – 1906 – 1907 – 1908 – 1909 – 1910 – 1911 – 1912 – 1913 – 1914 – 1915 – 1916 – 1922 – 1925 – 1926 – 1927 – 1930 – 1935 – 1935 LB – 1947 – 1949

1897
20 Francs Vreneli 1897 B
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1897
Stirnlocken-Vreneli 1897, Vs.
Vreneli "à la mèche" - 1897
20 Francs Vreneli "à la mèche" 1897 B
Tirage: 12 exemplaires
Valeur: 100'000 à 150'000 francs suisses

caractéristiques distinctives: mèche frontale (cf. cercle rouge) & inscription sur la tranche
Vreneli "à la mèche" - 1897
Stirnlocken-Vreneli 1897, Vs.
Gondo-Goldvreneli 1897 Rs. mit Gegenstempel
1897 - Vreneli "de Gondo"
20 Francs Vreneli "de Gondo" 1897 B
Tirage: 29 exemplaires
Valeur: 100'000 à 150'000 francs suisses

caractéristiques distinctives: contremarque au revers (cf. cercle rouge) & couleur de l'or plus claire et verdâtre
1897 - Vreneli "de Gondo"
Gondo-Goldvreneli 1897 Rs. mit Gegenstempel
1898
20 Francs Vreneli 1898 B
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1898
1899
20 Francs Vreneli 1899 B
Tirage: 300'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1899
1900
20 Francs Vreneli 1900 B
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1900
1901
20 Francs Vreneli 1901 B
Tirage: 500'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1901
1902
20 Francs Vreneli 1902 B
Tirage: 600'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1902
1903
20 Francs Vreneli 1903 B
Tirage: 200'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1903
1904 - millésime rare
20 Francs Vreneli 1904 B
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
+ 10 à 20 francs, selon l'état de conservation
1904 - millésime rare
1905 - millésime rare
20 Francs Vreneli 1905 B
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
+ 10 à 20 francs, selon l'état de conservation
1905 - millésime rare
1906 - millésime rare
20 Francs Vreneli 1906 B
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
+ 10 à 20 francs, selon l'état de conservation
1906 - millésime rare
1907
20 Francs Vreneli 1907 B
Tirage: 150'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1907
1908
20 Francs Vreneli 1908 B
Tirage: 355'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1908
1909
20 Francs Vreneli 1909 B
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1909
1910
20 Francs Vreneli 1910 B
Tirage: 375'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1910
1911
20 Francs Vreneli 1911 B
Tirage: 350'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1911
1912
20 Francs Vreneli 1912 B
Tirage: 450'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1912
1913
20 Francs Vreneli 1913 B
Tirage: 700'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1913
1914
20 Francs Vreneli 1914 B
Tirage: 700'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1914
1915
20 Francs Vreneli 1915 B
Tirage: 750'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1915
1916
20 Francs Vreneli 1916 B
Tirage: 300'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1916
1922
20 Francs Vreneli 1922 B
Tirage: 2'783'678 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1922
1925
20 Francs Vreneli 1925 B
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1925
1926 - millésime rare
20 Francs Vreneli 1926 B
Tirage: 50'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
+ 30 à 80 francs, selon l'état de conservation
1926 - millésime rare
1927
20 Francs Vreneli 1927 B
Tirage: 5'015'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1927
1930
20 Francs Vreneli 1930 B
Tirage: 3'371'764 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1930
1935 B
20 Francs Vreneli 1935 B
Tirage: 175'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1935 B
1935 LB
20 Francs Vreneli 1935 LB
Refrappe antidatée avec marque d'atelier L B
Tirage: 20'008'813 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1935 LB
1947
20 Francs Vreneli 1947 B
Tirage: 9'200'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1947
1949
20 Francs Vreneli 1949 B
Tirage: 10'000'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1949

Quelle est la valeur d'une pièce de 20 francs Vreneli ordinaire?

La valeur d’une pièce de 20 francs Vreneli ordinaire (à l’exception des millésimes plus rares: 1904, 1905, 1906 et 1926) est calculée sur la base du cours du jour de l’or. Ce cours évolue et change constamment. Si vous souhaitez vendre un Vreneli, il vous sera proposé un prix d’achat, généralement inférieur d’environ 5% au cours du jour. Si vous souhaitez acheter un Vreneli, il vous sera proposé un prix de vente, généralement supérieur d’environ 5% au cours du jour.

Rareté: le Vreneli
« à la mèche » 1897

Une mèche de cheveux à 100'000 francs

Schweiz, Stirnlocken-Vreneli 1897, Vs.
Schweiz, Stirnlocken-Vreneli 1897, Rs.

Avers: HELVETIA. Buste de femme à gauche présentant une mèche de cheveux sur le front,
la robe brodée d’edelweiss, à l’arrière-plan des montagnes. En bas à droite, signature F. LANDRY, cercle de perles.

Revers: 20 FR. Ecusson suisse sur branches de chêne entre indication de valeur,
en bas millésime et marque d’atelier B, cercle de perles.

Valeur nominale: 20 francs suisses
Millésime: 1897
Tirage: 12 exemplaires
Créateur: Fritz-Ulysse Landry
Inscription sur la tranche: DOMINUS*** PROVIDEBIT**********

Diamètre: 21 mm
Epaisseur: 1.25 mm
Poids: 6.45 g
Métal: 900/1000 or et 100/1000 cuivre
Poids or fin: 5.80 g
Orientation des coins: opposée ↓↑

Le Vreneli dit « à la mèche » fut produit dans le cadre d’une frappe d’essai préalable à la mise en production de la pièce de 20 francs Vreneli de 1897. Elle représente une très grande rareté numismatique car seuls 12 exemplaires de cet essai furent frappés. Elle se distingue des autres pièces de 20 francs Vreneli de l’année 1897 par les deux éléments suivants: une mèche de cheveux se détachant du front de la figure féminine à l’avers et une inscription différente sur la tranche.

La mèche de cheveux frontale à l’avers
Sur ces frappes d’essai, la figure de l’Helvétie présente une mèche frontale absente sur les frappes régulières. Vous pouvez découvrir ici l’histoire passionnante de cette boucle et apprendre les raisons de son absence sur les 400’000 exemplaires de la série courante produits en 1897.

L’inscription sur la tranche
En lieu et place des 22 étoiles présentes sur la tranche des exemplaires de la série courante, les exemplaires du 20 francs Vreneli « à la mèche » portent l’inscription suivante: DOMINUS*** PROVIDEBIT **********

Quelle est la valeur d'une pièce de 20 francs Vreneli « à la mèche » de 1897?

Avec un tirage limité à seulement 12 exemplaires et sa grande importance pour l’histoire monétaire suisse, le Vreneli « à la mèche » de 1897 est l’une des pièces d’or les plus recherchées par les collectionneurs de monnaies Suisse. Dans l’une de nos ventes aux enchères, un exemplaire pourrait facilement atteindre un prix d’adjudication allant de 100’000 à 150’000 francs suisses.

Si vous êtes en possession d’une telle rareté et que vous êtes intéressé par sa vente, n’hésitez pas à nous contacter.

Rareté: le Vreneli de Gondo de 1897

Fait d'or suisse issu du col du Simplon

Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli 1897 Gondo-Gold, Vs.
Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli 1897 Gondo-Gold, Rs. mit kreuzförmiger Kontermarke

Avers: HELVETIA. Buste de femme à gauche,
la robe brodée d’edelweiss, à l’arrière-plan des montagnes. En bas à droite, signature F. LANDRY, cercle de perles.

Revers: 20 FR. Ecusson suisse sur branches de chêne entre indication de valeur,
en bas millésime et marque d’atelier B, cercle de perles.
Contremarque en forme de croix au centre de la croix du revers.

Valeur nominale: 20 francs suisses
Millésime: 1897
Tirage: 29 exemplaires
Créateur: Fritz-Ulysse Landry
Inscription sur la tranche: 22 étoiles

Diamètre: 21 mm
Epaisseur: 1.25 mm
Poids: 6.45 g
Métal: 900/1000 or et 100/1000 cuivre
Poids d’or fin: 5.80 g
Orientation des coins: opposée ↓↑

Le Vreneli dit « de Gondo » fut produit dans le cadre d’une frappe d’essai du 20 Francs Vreneli de 1897 réalisée en utilisant de l’or suisse, provenant de la mine d’or valaisanne de Gondo, située près du col du Simplon. Seuls 29 exemplaires furent frappés.

Cet essai se distingue des autres pièces de 20 francs Vreneli de 1897 par les deux éléments suivants: la présence d’une contremarque en forme de croix au revers et la teinte verdâtre et plus claire du métal.

La contremarque en forme de croix au revers
Le Vreneli « de Gondo » possède une contremarque en forme de croix, apposée au centre de la croix du revers, qui ne se retrouve sur aucun autre Vreneli de la série courante.

Couleur d’or différente
Le Vreneli « de Gondo » se distingue également par une teinte plus claire et verdâtre. Celle-ci est due à l’utilisation d’un alliage différent de celui de la série courante contenant 92,4% d’or de Gondo, 4,7% d’argent et 2,9% de cuivre. C’est la présence d’argent dans l’alliage qui explique la teinte plus pâle de cette monnaie.

Gondo, Dorf
Passstrasse Gondoschlucht am Simplon
Gondoschlucht

Quelle est la valeur d'une pièce de 20 Francs Vreneli « de Gondo » de 1897?

Avec un tirage de seulement 29 exemplaires, le Vreneli « de Gondo » est l’une des pièces d’or suisses les plus recherchées et représente une rareté numismatique majeure. Dans l’une de nos ventes aux enchères, un exemplaire pourrait facilement atteindre un prix d’adjudication allant de 100’000 à 150’000 francs suisses.

Si vous êtes en possession d’une telle rareté et que vous êtes intéressé par sa vente, n’hésitez pas à nous contacter.

Raretés: les erreurs de frappe du Vreneli

Quand une maladresse rend votre monnaie plus précieuse

Les pièces de 20 francs Vreneli présentant des défauts de fabrication sont considérées comme des raretés numismatiques. Les erreurs de frappe se retrouvent de façon extrêmement rare sur les pièces de monnaies d’or, car leur processus de fabrication était strictement suivi et le contrôle de qualité très poussé. C’est la raison pour laquelle il était presque impossible qu’une monnaie présentant une erreur de frappe, en particulier une erreur de frappe grossière, passe au travers des nombreux contrôles. Ces erreurs de frappe existent pourtant, pour le plus grand plaisir des collectionneurs de monnaies. Voici les différents types d’erreurs de frappe qui peuvent se rencontrer sur les pièces de 20 francs Vreneli:

Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli, Vs.
Schweiz, 20 Franken 1906, verdrehte Prägung, Rückseite

Frappes désaxées:

Les frappes régulières du Vreneli ont toujours été réalisées avec un alignement des coins opposé (↓↑). Cela signifie que lorsque la pièce est tournée verticalement autour de son axe, l’image du revers doit toujours se présenter à l’envers. Si ce n’est pas le cas, il s’agit d’une frappe désaxée.

Quelle est la valeur d’une pièce de 20 francs Vreneli à frappe désaxée?
La valeur d’un Vreneli présentant une frappe désaxée dépend du degré du désaxement. Plus celui-ci est important, plus l’exemplaire est rare et donc de valeur.

Dans l’une de nos ventes aux enchères, une pièce de 20 francs Vreneli à frappe grossièrement désaxée pourrait atteindre un prix d’adjudication de plus de 1’000 francs suisses, soit trois fois la valeur du cours actuel de l’or.

Double frappe incuse:

Dans le cas cette erreur de frappe, l’avers et le revers portent la même image, mais l’une de ces images est incuse. Cela signifie que le motif frappé apparaît en négatif, c’est à dire en creux et non en en relief.

Quelle est la valeur d’une pièce de 20 Francs Vreneli à double frappe incuse?
Une telle erreur de frappe est rarissime et connue en quelques exemplaires seulement. Dans l’une de nos ventes aux enchères, une pièce de 20 francs Vreneli présentant une double frappe incuse pourrait atteindre un prix d’adjudication compris entre 10’000 et 15’000 francs suisses.

Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli, Vs.
20 Franken Goldvreneli, inkuses Prägebild
Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli mit gut sichtbarer Fremdkörperprägung, Vs.
Schweiz, 20 Franken Goldvreneli 1906, Revers

Empreintes de corps étrangers:

Ce type d’erreur de frappe est du à la présence de corps étrangers sur le flan (rondelle de métal) lors du processus de frappe et qui laissent leurs traces dans la pièce finale. Il s’agit souvent d’éclats de bois provenant des caisses dans lesquelles les rondelles métalliques non frappées étaient stockées.

Quelle est la valeur d’une pièce de 20 francs Vreneli présentant des empreintes de corps étrangers?
La valeur d’un Vreneli présentant ce type d’erreur dépend de l’ampleur du défaut. Plus les traces sont importantes et nettes, plus le spécimen est rare et précieux.

Dans l’une de nos ventes aux enchères, une pièce de 20 francs Vreneli présentant une empreinte de corps étranger pourrait atteindre un prix d’adjudication compris entre 500 et 1’000 francs suisses dans l’une de nos ventes aux enchères ; ce qui correspond au moins au double du prix actuel de l’or.

Autres erreurs de frappe:
Il existe encore de nombreux autres types d’erreurs de frappe, comme par exemple : les défauts de coin ou de flan, les inclusions de gaz dans le métal ou encore les cassures de coins.

Si vous êtes en possession d’une pièce de 20 francs Vreneli présentant une erreur de frappe ou à l’apparence inhabituelle, n’hésitez pas à nous contacter.

La petite soeur du Vreneli

La pièce de 10 francs Vreneli

Schweiz, 10-Franken-Goldvreneli 1911, Vs.
Schweiz, 10-Franken-Goldvreneli 1911, Rs.

Avers: HELVETIA. Buste de femme à gauche,
la robe brodée d’edelweiss, à l’arrière-plan des montagnes. En bas, dans la marge gauche, signature F. LANDRY, cercle de perles.

Revers: 10 FR. Dénomination et millésime sur deux lignes horizontales au centre. Au-dessus, la croix suisse entourée d’une couronne de rayons ; en dessous, deux roses des Alpes et des branches de fleurs de gentiane s’enlacent pour épouser une forme arrondie. En bas, sur le bord, la marque d’atelier B, cercle de perles.

Valeur nominale: 10 francs suisses
Période de frappe: 1911–1922
Tirage total: 2’650’056 exemplaires
Créateur: Fritz-Ulysse Landry
Tranche: cannelée

Diamètre: 19 mm
Epaisseur: 0.90 mm
Poids: 3.226g
Métal: 900/1000 or et 100/1000 cuivre
Poids or fin: 2.90 g
Orientation des coins: opposée ↓↑

La couleur du Vreneli peut varier, allant de l’or rougeâtre à l’or jaunâtre. Bien que la proportion d’or soit toujours de 90% (900/1000),
les millésimes se distinguent par leur couleur en raison de la part de cuivre (rougeâtre) ou d’argent (jaunâtre), qui varie également.

Millésime & tirages

La pièce de 10 francs Vreneli fut frappée pour la première fois en 1911 et pour la dernière fois en 1922. Ce demi-Vreneli a été produit par la Monnaie fédérale à Berne et était utilisé comme un moyen de paiement courant. Au total, 2’650’056 exemplaires furent produits.

1911 – 1912 – 1913 – 1914 – 1915 – 1916 – 1922

1911 - millésime rare
10 Francs Vreneli 1911 B
Tirage: 100'000 exemplaires

seuls les pièces de 10 francs Vrenelis de 1911 ont une valeur numismatique de collection. Selon leur état, ils ont une valeur deux à trois fois supérieure à celle de l'or
1911 - millésime rare
1912
10 Francs Vreneli 1912 B
Tirage: 200'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1912
1913
10 Francs Vreneli 1913 B
Tirage: 600'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1913
1914
10 Francs Vreneli 1914 B
Tirage: 200'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1914
1915
10 Francs Vreneli 1915 B
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1915
1916
10 Francs Vreneli 1916 B
Tirage: 130'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1916
1922
10 Francs Vreneli 1922 B
Tirage: 1'020'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1922

Quelle est la valeur d'une pièce de 10 francs Vreneli ordinaire?

La valeur d’une pièce de 10 francs Vreneli ordinaire (à l’exception du rare millésime 1911) est fixée sur la base du cours du jour de l’or. Ce cours évolue et change constamment. Si vous souhaitez vendre un 10 francs Vreneli, il vous sera proposé un prix d’achat correspond habituellement au cours du jour.

Du fait de leur faible tirage et de leur popularité, les pièces de 10 francs Vrenelis sont proportionnellement plus chères à l’achat que les pièces de 20 francs. Si vous souhaitez acheter une pièce de 10 francs Vreneli, il vous sera proposé un prix de vente généralement supérieur d’environ 40 à 50% au cours du jour.

La pièce de 10 francs Vreneli de 1911

Seules les pièces de 10 francs Vreneli de l’année 1911 ont une valeur numismatique de collection. Dans l’une de nos ventes aux enchères, un exemplaire bien conservé de ce millésime pourrait atteindre un prix d’adjudication compris entre 400 CHF et 500 CHF, ce qui correspond à une valeur trois fois supérieure au prix d’un exemplaire de 10 francs des millésimes 1912 à 1922.

Si vous êtes en possession d’une pièce de 10 francs Vreneli de 1911 et que vous êtes intéressé par sa vente, n’hésitez pas à nous contacter.

La grande soeur du Vreneli

La pièce de 100 Francs Vreneli 1925

Schweiz, 100-Franken-Goldvreneli 1925, Vs.
Schweiz, 100 -Franken-Goldvreneli 1925, Rs.

Avers: HELVETIA. Buste de femme à gauche,
la robe brodée d’edelweiss, à l’arrière-plan des montagnes. En bas, dans la marge gauche, signature F. LANDRY, cercle de perles.

Revers: 100 FR. Dénomination et millésime sur deux lignes horizontales au centre. Au-dessus, la croix suisse entourée d’une couronne de rayons ; en dessous, deux roses des Alpes et des branches de fleurs de gentiane s’enlacent pour épouser une forme arrondie. En bas, sur le bord, la marque d’atelier B, cercle de perles.

Valeur nominale: 100 francs suisses
Millésime: 1925
Tirage: 5’000 exemplaires
Créateur: Fritz-Ulysse Landry
Inscription sur la tranche: DOMINUS***PROVIDEBIT**********

Diamètre: 35 mm
Epaisseur: 2.2 mm
Poids: 32.258 g
Métal: 900/1000 or et 100/1000 cuivre
Poids or fin: 29.00 g
Orientation des coins: opposée ↓↑

La pièce de 100 francs Vreneli ne fut frappée qu’en 1925 et qu’à 5’000 exemplaires seulement. Elle est considérée comme la plus grande et la plus belle pièce d’or de la Confédération suisse. Cette pièce d’or n’était pas destinée à servir de moyen de paiement, mais plutôt de monnaie commémorative. Le Conseil fédéral voyait dans cette pièce une frappe spéciale pouvant être offerte par la Confédération suisse à titre honorifique ou comme cadeau diplomatique.

L’avers de la pièce de 100 francs Vreneli 1925 est la copie conforme agrandie mécaniquement de l’avers de la pièce de 10 francs Vreneli.

Quelle est la valeur de la pièce de 100 Francs Vreneli 1925 ?

En raison de son tirage limité à seulement 5’000 exemplaires, de sa valeur artistique et du fait qu’il s’agisse de la plus grande pièce d’or de la Confédération suisse, la pièce de 100 francs Vreneli 1925 est très recherchée et appréciée par les collectionneurs du monde entier. Dans l’une de nos ventes aux enchères, un exemplaire de cette monnaie atteindrait sans aucun doute entre 10’000 et 20’000 francs suisses.

Si vous êtes en possession d’une telle rareté et que vous êtes intéressé par une vente, n’hésitez pas à nous contacter.

L'ancêtre du Vreneli

La pièce de 20 francs « Helvetia »

Schweiz, 20 Franken Helvetia 1893, Avers
Schweiz, 20 Franken Helvetia 1893, Revers

Avers: Tête de femme classique (Libertas) vers la gauche, les cheveux détachés, retenus par des roses alpines et un diadème. Diadème avec l’inscription LIBERTAS. Parallèlement au bord, à gauche de la tête, se trouve CONFOEDERATIO,
à droite, HELVETICA.

Revers: Croix suisse à branches inégales dans un écusson légèrement évasé en haut, surmonté d’une étoile à cinq branches.
À gauche de l’écu, 20, à droite FR, millésime en bas. Le tout dans une couronne.

Valeur nominale: 20 francs suisses
Période de production: 1883–1886
Tirage: 1’750’000 exemplaires
Créateur de l’avers: Albert Walch
Créateur du revers: Christian Bühler
Inscription sur la tranche, 1883: cannelée
Inscription sur la tranche, 1886-1896: DOMINUS***PROVIDEBIT**********

Diamètre: 21 mm
Epaisseur: 1.25 mm
Poids: 6.45 g
Métal: 900/1000 or et 100/1000 cuivre
Poids or fin: 5.80 g
Orientation des coins: opposée ↓↑

Millésimes & tirages

1883 – 1886 – 1887 –1888 – 1889 – 1890 – 1891 – 1892 – 1893 – 1894 – 1895 – 1896

1883
20 Francs Helvetia 1883
Tirage: 250'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1883
1886
20 Francs Helvetia 1886
Tirage: 250'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1886
1887 - millésime rarissime
20 Francs Helvetia 1887
Millésime rarissime
Tirage: 176 exemplaires
Valeur: 100'000 à150'000 francs suisses
selon l'état de conservation
1887 - millésime rarissime
1888 - millésime rare
20 Francs Helvetia 1888
Tirage: 4'224 exemplaires
Valeur: 5'000 à 10'000 francs suisses
selon l'état de conservation
1888 - millésime rare
1889
20 Francs Helvetia 1889
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1889
1890
20 Francs Helvetia 1890
Tirage: 125'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1890
1891
20 Francs Helvetia 1891
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1891
1892
20 Francs Helvetia 1892
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1892
1893
20 Francs Helvetia 1893
Tirage: 100'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1893
1894
20 Francs Helvetia 1894
Tirage: 120'600 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1894
1895
20 Francs Helvetia 1895
Tirage: 200'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1895
1896
20 Francs Helvetia 1896
Tirage: 400'000 exemplaires
Valeur: cours du jour de l'or
1896

Quelle est la valeur d'une pièce de 20 Francs « Helvetia » ordinaire?

La valeur d’une pièce de 20 francs Helvetia ordinaire (à l’exception des millésimes plus rares: 1887 et 188) est calculée sur la base du cours du jour de l’or. Ce cours évolue et change constamment. Si vous souhaitez vendre une « Helvetia », il vous sera proposé un prix d’achat, généralement inférieur d’environ 5% au cours du jour. Si vous souhaitez acheter une « Helvetia », il vous sera proposé un prix de vente, généralement supérieur d’environ 5% au cours du jour.

Si vous êtes en possession d’une pièce de 20 francs Helvetia des millésimes 1887 ou 1888 et que vous souhaitez la vendre, n’hésitez pas à nous contacter.

L'histoire du Vreneli

Les origines de la plus belle pièce
d'or suisse

Recherches & textes :
Dr. Jonas Emmanuel Flueck

Ausschnitt Münzbild Goldvreneli Vorderseite

La pièce la plus célèbre et en même temps la plus méconnue de Suisse

Il n’est pas exagéré de dire que chaque suisse, jeune ou moins jeune, sait ce qu’est un Vreneli et que presque chaque foyer suisse en possède au moins un exemplaire. Malgré cette célébrité, cette petite pièce d’or renferme encore une histoire et des caractéristiques souvent méconnues du grand public, rendant cette pièce particulièrement passionnante.

Ce qui nous semble particulièrement intéressant, c’est que le Vreneli est l’une des rares pièces de monnaie anciennes à être restée populaire dans notre société moderne. Son charmant surnom ‘Vreneli’, encore utilisé aujourd’hui comme il l’était il y a 100 ans déjà, souligne cette relation unique. Cette image positive du Vreneli dans l’inconscient suisse s’explique peut-être par le fait que cette monnaie d’or fut offerte pendant des générations aux enfants lors de leur baptême comme cadeau de parrainage ou encore comme cadeau de Noël ou d’anniversaire. La relation aux monnaies d’or est très différente dans les pays où ces dernières servirent de ‘monnaies d’urgence’ en temps de guerre ou de crises. Des périodes troubles que nos sociétés préfèrent aujourd’hui laisser derrière elles et oublier.

Le Vreneli: aujourd'hui une pièce d'investissement, jadis un moyen de paiement

Le Vreneli fut frappé pour la première fois en 1897 et pour la dernière fois en 1949. Sa valeur nominale correspondait à 20 francs suisses. Les Vrenelis furent utilisés comme un moyen de paiement courant en Suisse jusqu’à la mise en circulation des premiers billets de 20 francs (à partir de 1911) et de 5 francs (à partir de 1913). Ces pièces d’or furent produites par la Monnaie fédérale à Berne.

L’iconographie de l’avers et du revers fut réalisée par le professeur Fritz-Ulysse Landry (1842–1927), médailleur et sculpteur neuchâtelois. Ils représentent, à l’avers, un buste de femme tourné vers la gauche (la figure allégorique de l’Helvétie) dans un décor de montagne et au revers les armoiries de la Suisse reposant sur des branches de chêne.

Avec un diamètre de 21mm et une épaisseur de 1,25mm, le vreneli a un poids brut de 6.45g. L’alliage d’or utilisé contient 90% d’or fin et 10% de cuivre, ce qui correspond à une teneur de 5,8g. d’or fin. Les frappes des millésimes 1897 à 1935 portent 22 étoiles sur leur tranche, représentant les 22 cantons suisses. La tranche des millésimes 1947 à 1949 présente quant à elle, cinq étoiles suivies de la légende latine AD LEGEM ANNI MCMXXXI et d’une autre étoile. Cette inscription signifie: ‘conformément à la loi de 1931’. Nous vous expliquons dans un autre paragraphe les raisons de cette modification de l’inscription sur la tranche après 1946.

Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli, Vs.
Orientation des coins opposée (↓↑)
das Prägebild der Rückseite steht Kopf

L’orientation des coins est dite opposée (↓↑). Cela signifie que lorsque la monnaies est retournée autour de son axe vertical, le revers se présente toujours à l’envers.

Arbeiter an einer Münz-Prägemaschine

Une production en millions d'exemplaires et centaines de tonnes d'or

Le Vreneli a été frappé sur une période de 53 années, avec de fortes variations dans les tirages annuels. Pour des raisons économiques et politiques, la production fut interrompue à plusieurs reprises. Au total, 58’634’255 Vreneli furent frappés entre 1897 et 1949, ce qui représente une masse totale gigantesque de 340 tonnes d’or fin!

La valeur de cette masse d’or, calculée au cours de l’or du jour de 52’000 francs suisses par kilo d’or fin (12/2021) représente pas moins de 17 milliards, 680 millions de francs suisses.

Enfin, si nous disposions tous les Vreneli jamais produits l’un sur l’autre, nous obtiendrions une pile d’une hauteur incroyable de 73 kilomètres.

Quand la Suisse ne disposait même pas d'une monnaie d'or: 1848–1882

Bien que la Suisse soit aujourd’hui le plus grand négociant d’or du monde, avec une part de 15% du marché mondial, ce n’est qu’en 1883, soit 35 années après la fondation de l’Etat fédéral en 1848, qu’elle frappa ses premières pièces d’or. La loi suisse sur la monnaie du 7 mai 1850, ne prévoyait pas la frappe de pièces d’or et, par conséquent, les frappes fédérales de 1850 ne furent effectuées que sous la forme de monnaies d’argent (½, 1, 2 et 5 francs), de billion (20 et 10 centimes) et de bronze (2 et 1 centime).

Cela ne signifie cependant pas que les monnaies d’or étaient absentes avant 1883, l’or constituait même une part importante de la masse monétaire en circulation en Suisse, notamment pour le commerce du bétail.

Mais ce que beaucoup de personnes ignorent aujourd’hui, c’est que ce sont les pièces de monnaie étrangères qui étaient utilisées. Tout particulièrement le « Napoléon », appelé en dialecte « Näpu » ou « Näpi », la célèbre pièce d’or française de 20 francs. Les pièces étrangères furent reconnues comme monnaies ayant cours légal par la loi fédérale (31 janvier 1860). À partir de 1866, avec l’entrée en vigueur de l’Union monétaire latine, les pièces belges et italiennes virent s’ajouter à la liste. Grâce à cette source étrangère de pièces d’or, les besoins suisses étaient couverts et la Confédération pouvait se passer de leur fabrication.

Frankreich, 20 Francs 1852 A, Gold, Avers
Le très populaire « Napoléon » ou « Näpu »
Frankreich, 20 Francs 1852 A, Gold, Revers
« Napoléon » Revers

La naissance du Vreneli

Une histoire passionnante en cinq actes

Schweiz, 20 Franken Probe Durussel 1871, Avers
Dessin d'Edouard Durussel
Schweiz, 20 Franken Probe Durussel 1871, Revers
Revers

Recherches & textes :
Dr. Jonas Emmanuel Flueck

Acte premier

Quatre tentatives infructueuses

Comme nous l’avons déjà expliqué, depuis la création de l’État fédéral en 1848, les besoins en pièces d’or de la Suisse étaient couverts par l’utilisation de pièces d’or étrangères (françaises, belges et italiennes) issues de l’Union monétaire latine. Cette solution pratique présentait certes de nombreux avantages pour la Suisse, mais elle rendait aussi l’État fédéral très dépendant de la politique étrangère. C’est la guerre franco-prussienne de 1870–1871 qui mis directement en évidence le danger de cette dépendance.

La guerre eu pour première conséquence une thésaurisation massive des pièces d’or de l’Union monétaire latine en dehors de la Suisse. Très rapidement, cette thésaurisation entraîna une pénurie de pièces d’or, qui en conséquence freina fortement l’économie suisse. Face à cette situation, l’État fédéral du s’occuper de toute urgence de la production de ses propres pièces d’or. Mais celui-ci découvrit bien vite que la fabrication d’une nouvelle pièce de monnaie était un processus difficile et long.

Afin de répondre à l’urgence de la situation, l’idée d’une solution de secours simple vue le jour. Il s’agissait de modifier le poinçon servant à la frappe des pièces de 20 centimes en y ajoutant simplement les lettres FR pour franc au revers. Malheureusement, après la frappe de quelques exemplaires d’essai, les autorités se rendirent très rapidement compte que de telles pièces d’or seraient facilement falsifiables et le projet fût immédiatement abandonné.

Trois autres essais suivirent jusqu’en 1873, mais ces essais dits « de Durussel », « à 3 points » et « à 2 points » ne réussirent pas à convaincre le gouvernement.

Comble de l’histoire, la paix entre la France et la Prusse fut signée à Francfort en 1873, avant même que les autorités suisses n’aient pu se mettre d’accord sur un modèle de monnaie d’or pour la Suisse. La paix signée, les pièces d’or de l’Union monétaire latine thésaurisées avant-guerre ressortirent de leur cachette et la question de la création d’une monnaie d’or suisse ne se posa plus. Il s’en suivirent pas moins de dix années de discussions entre partisans et opposants avant que la première pièce d’or suisse, la pièce de 20 francs « Helvetia » ne soit frappée en 1883.

Une première frappe trop banale et impopulaire: l'Helvétia d'Albert Walch

En 1883, la première pièce d’or suisse, la pièce de 20 francs Helvetia, est produite. Sans qu’un concours artistique n’ait été organisé au préalable, le motif utilisé à l’avers fût gravée à partir d’anciens dessins de l’artiste Albert Walch (1816–1882). Bien que l’artiste Albert Walch soit aujourd’hui pratiquement inconnu, nous rencontrons sans même le savoir, certaines de ses œuvres au quotidien, car c’est cet artiste qui créa les motifs des pièces de 20, 10 et 5 centimes encore en circulation aujourd’hui en Suisse.

Cependant, quelques années seulement après la réalisation des premières frappes de l’Helvetia, le peuple et les autorités souhaitèrent une pièce d’or dont l’image incarne la Confédération suisse de manière plus attrayante et plus fidèle.

Deux critiques principales à l’encontre de la pièce de 20 francs Helvétia

a) pour la population, la figure féminine de Walch était trop démodée et trop ordinaire
b) pour les représentants de la jeune Confédération suisse, cette pièce portait un message politique inapproprié.

Une allégorie antique banale et pas assez patriotique

La population critiquait surtout cette monnaie pour l’image féminine présente à l’avers. En effet, il lui manquait à cette figure allégorique antique banale de la LIBERTAS, la liberté, un caractère patriotique. Seule la légende CONFOEDERATIO HELVETICA permettait d’identifier cette monnaie comme une monnaie suisse.

Schweiz, 20 Franken Helvetia 1893, Avers
Dessin d'Albert Walch
Schweiz, 20 Franken Helvetia 1893, Revers
Revers

Un message politique inapproprié

Pour les représentants de la jeune Confédération, cette pièce d’or portait également un message politique inapproprié dans la légende présente sur sa tranche depuis 1886: DOMINUS PROVIDEBIT, en français Dieu y pourvoira (Genèse 22, 8). Le problème de cette légende est qu’il s’agissait de la devise de l’ancienne République de Berne, en usage du 17e au 19e siècle. Compte tenu de la jeunesse de l’Etat fédéral et de l’équilibre encore fragile entre les cantons, les représentants des autorités fédérales considéraient cette devise bernoise comme un message politiquement inapproprié qu’il fallait absolument remplacer.

Il est intéressant de noter que cette devise bernoise d’ancien régime, DOMINUS PROVIDEBIT, figure encore sur la tranche de la pièce de 5 francs, produite et circulant aujourd’hui en Suisse. En Suisse, on ne se débarrasse pas si facilement de l’influence de Berne !

La grande attente d'une pièce de monnaie typiquement suisse

Les critiques du public furent si problématiques et pressantes que les autorités relancèrent dès 1892 les discussions sur un nouveau projet de monnaie. Cependant, un problème important se posa. En effet, une ancienne règle internationale régissant la fabrication des pièces de monnaie stipulait que le motif d’une monnaie ne devait être modifié qu’en cas de force majeure, comme par exemple l’arrivée au pouvoir d’un nouveau roi, un changement de régime politique (passage de l’empire à la république), un changement de composition (alliage, poids) ou de dénomination de la monnaie. Mais ce n’était pas le cas ici.

La nouvelle pièce prévue devait être frappée avec les mêmes caractéristiques techniques que sa prédécesseure, l’Helvétia, produite depuis 1883. De plus, ni la valeur nominale ni la situation politique de la Suisse n’avaient changées. La volonté des autorités et du peuple de créer une monnaie typiquement suisse était cependant si importante, que tous étaient prêts à risquer une éventuelle perte de crédibilité internationale de la monnaie suisse pour atteindre cet objectif.

C’est ainsi qu’à partir de 1895, le projet d’une nouvelle pièce suisse de 20 Francs or fût pris en main et porté par le conseiller fédéral et chef du Département fédéral des finances et des douanes, Monsieur Walter Hauser (1837–1902).

Portrait Bundesrat Walter Hauser, 1837-1902
Walter Hauser, 1837–1902 – Conseiller fédéral
Portrait Dr. Friedrich Imhoof-Blumer, 1838-1920
Dr. Friedrich Imhoof-Blumer, 1838–1920

Deuxième acte

Le premier concours : à la recherche d'une monnaie "portée par un motif national suisse"

Au début de l’année 1895 furent mises en place les règles du concours pour un nouveau motif des pièces de 20 et 5 francs. Celles-ci stipulaient:

« Pour l’avers, la directive générale est que le dessin de la pièce soit porté par un motif national suisse et qu’il exprime la Suisse – l’Helvétie – de manière compréhensible pour tous, par une représentation allégorique ou historique-symbolique […] Une inscription en latin, ou même le simple mot « HELVETIA », doit mettre en évidence l’origine suisse de la pièce ».

Le jury d'experts

Le 23 avril 1895, lors d’une réunion du Conseil fédéral suisse, un jury de sept experts fût désigné. Les membres choisis étaient des politiciens, des entrepreneurs ou des artistes ayant tous un intérêt pour la numismatique.

M. Arnold Robert-Tissot (1846–1925), conseiller aux États de La Chaux-de-Fonds, fut nommé président du jury. Parallèlement à sa carrière politique, il était lui-même numismate et collectionneur de monnaies et avait déjà publié plusieurs articles sur les monnaies et les médailles dans des revues spécialisées.

Les autres membres du jury :

Monsieur Charles Bühler, artiste-peintre et héraldiste, de Berne.
Monsieur Franz Friedrich Homberg (1851–1922), graveur-médailleur, de Berne.
Monsieur Dr. Friedrich Imhoof-Blumer (1839–1920), numismate, de Winterthur.
M. François-Auguste Ladé (1841–1908), vice-président de la Société suisse de numismatique de Genève et numismate professionnel associé depuis 1892 avec la société Paul Stroehlin et Cie.
M. Léo-Paul Robert (1851–1923), artiste peintre et membre de la Commission fédérale des beaux-arts, de Bienne.
Monsieur Karl Emil Wild-Gsell (1856–1923), architecte et conseiller national, de Saint-Gall.
Monsieur Heinrich Imboden, adjoint et traducteur du Bureau fédéral des finances, fut nommé secrétaire et rédacteur du procès-verbal.

Un concours ne suscitant que peu d'intérêt

En février 1895, les invitations à participer au concours furent envoyées à 38 artistes sélectionnés par les autorités en Suisse et à l’étranger, . La correspondance de l’époque, que nous avons pu consulter, et les réactions des différents artistes donnent l’impression que le concours ne suscita pas d’intérêt majeur.  Les artistes avaient probablement déjà connaissance de la naissance difficile de la première pièce d’or suisse et des nombreuses tentatives infructueuses du passé.

Ainsi, sur un total de 38 invitations envoyées, seuls 25 candidats annoncèrent leur participation, dont 4 se désistèrent par la suite, 6 renoncèrent à participer, dont le célèbre médailleur Hugues Bovy, et 7 ne se donnèrent même pas la peine de répondre à l’invitation.

Une majorité de projets défectueux, inadaptés ou techniquement irréalisables

La première réunion du jury eu lieu les 14 et 15 mai 1895 à Berne, dans la salle de conférence du Palais fédéral Ostbau. 21 projets reçus furent déballés et évalués anonymement par le jury. Le procès-verbal de la séance nous fait ressentir aujourd’hui encore la déception du jury. Un premier tri des projets fut ainsi réalisé sans ménagement :

9 projets furent éliminés d’emblée comme étant insuffisants

=  plus que 12 projets en compétition

Les représentations du Serment du Grütli et de Guillaume Tell étant plus adaptées aux médailles qu’aux pièces de monnaie, 3 autres projets représentant ces motifs furent éliminés.

=  plus que 9 projets en compétition

Sept autres projets furent éliminés car jugés de qualité moyenne ou techniquement irréalisables.

=  plus que 2 projets en compétition

Après ce premier tri, il ne restait donc plus que 2 projets pouvant raisonnablement être considérés comme des projets viables pour le concours.

Un concours sans gagnant, ou presque

Parmi les deux projets restants, le jury décida à l’unanimité qu’il n’y aurait « pas de première place à attribuer ». Aucun projet n’était assez bon et aucun projet ne put convaincre le jury. Au projet de Fritz Landry, la première version du Vreneli en or, ne fut donc attribuée que la 2e place du concours, et au projet de M. Karl Schwenzer, la 3e.

Projet n° 11 – par Karl Schwenzer

Le premier projet sélectionné par le jury, le projet n° 11 du médailleur allemand Karl Schwenzer, ne nous est connu que par une brève description inscrite dans le procès-verbal du jury. Malgré nos recherches, nous n’avons malheureusement pas pu en retrouver l’illustration.

Avers :
CONFOEDERATIO HELVETICA. Femme assise à droite, tenant dans la main gauche un écusson fédéral et dans la main droite une lance.

Revers :
CONCORDIA VALIDA. Faisceau de licteurs séparant les mots 20 francs, entouré de 22 étoiles et d’une branche de laurier et d’une branche de chêne. En haut, la légende.

Portrait Karl Schwenzer, 1843-1904
Karl Schwenzer, 1843–1904
Landry, Entwurf Münzbild 1895, Avers
Landry, Entwurf Münzbild 1895, Revers

Projet n° 7 – par Fritz-Ulysse Landry

Le second projet sélectionné, le projet n° 7 de l’artiste neuchâtelois Fritz-Ulysse Landry, correspond à la première version de notre Vreneli actuel.

Avers :
HELVETIA. Buste d’une jeune fille, cheveux au vent et regard vers le haut, sur fond de montagnes.

Revers :
Écusson joliment formé aux armes de la Confédération, auquel est attaché un rameau de chêne, avec l’indication de valeur sur les deux faces, et le millésime en dessous.

Les critiques du jury sur la première version du Vreneli

Le jury critiqua deux éléments du premier projet de Landry qui devaient impérativement être revus :

Premier élément:
Le portrait représenté par l’artiste est celui d’une femme beaucoup trop jeune. En tant que figure allégorique de la Suisse, le jury suggéra l’illustration d’une femme d’âge plus mûr étant déjà mère, et non celle d’une jeune vierge.

Deuxième élément:
L’arrière-plan montagneux est bien trop dominant. Il faut que les montagnes passent nettement à l’arrière-plan pour libérer de l’espace au profit de la figure féminine.

Landry, Entwurf Münzbild 1895, Avers

Il est intéressant de noter que, par la suite et sur décision du Conseil fédéral du 21 mai 1895, le professeur Landry s’est finalement vu attribuer la première place ainsi que le prix de 1’000 francs suisses associé. Le projet de M. Schwenzer quant à lui reçu la deuxième place.

Portrait Léo-Paul Robert, 1851-1923
Léo-Paul Robert, 1851–1923

Troisième acte

Un second concours : Le projet de Landry face au projet du jury

Comme le jury d’experts n’était pas vraiment satisfait des résultats du concours de mars 1895 et qu’aucun projet ne parvint à le convaincre, des voix s’élevèrent au sein du jury le jour même pour de réclamer un second concours. Le jury espérait ainsi parvenir à une illustration de la Suisse plus convaincante et plus marquante que celle obtenue lors du premier concours. On demanda ainsi à M. Landry de bien vouloir revoir sa première version du Vreneli sur la base des critiques formulées par le jury.

Face à M. Landry, le jury commanda à Léo-Paul Robert, artiste et membre du jury, la réalisation d’un projet pour leur compte.

Léo-Paul Robert fût instruit d’améliorer selon les conseils du jury, la représentation assise de l’Helvetia dessinée par Robert Dorer et figurant à l’avers d’un essais de la pièce de 20 Francs de 1873.

Le 24 septembre 1895, la seconde réunion du jury eu lieu à Berne. Tous les membres du jury étaient présents à l’exception de Léo-Paul Robert qui, en tant que participant au concours, ne pouvait plus faire parti du jury et fut remplacé par le célèbre artiste bernois Albert Anker.

Le projet du jury réalisé par Léo-Paul Robert

Münzbild, Entwurf von Léo-Paul Robert
Projet de Léo-Paul Robert
Schweiz, 20 Franken Probe Dorer 1873, Avers
Avers par Robert Dorer (modèle)

Avers : HELVETIA. Helvetia assise à gauche, tenant une épée et un bouclier, sur fond de montagnes.

Le procès-verbal de la réunion révèle la grande déception des experts lorsqu’ils découvrirent pour la première fois ‘leur projet’ réalisé par Robert. L’artiste emporté par sa créativité, n’avait pas tenu compte des souhaits du jury, et avait poursuivi ses propres idées. Ainsi, et malgré une réalisation d’une qualité artistique reconnue, ayant surtout enthousiasmé Albert Anker, il fut noté que le projet de Robert était techniquement inutilisable pour la réalisation de monnaies.

Avec trois voix pour (Bühler, Imhoof et Ladé), deux voix contre (Anker et Homberg) et une abstention (Wild), le jury décida de ne pas recommander le projet de Léo-Paul Robert pour la pièce d’or suisse. Finalement, seul le second projet de Landry était qualifiable pour le concours.

Il est intéressant de noter que le célèbre peintre Albert Anker fut réellement enthousiasmé par le travail de Robert, ce qu’il consigna explicitement dans une note manuscrite en français que nous avons retrouvées dans le procès-verbal du jury et reproduite ci-dessous:

Portrait Albert Anker, 1831-1910
Albert Anker, 1831–1910

La naissance du motif de la pièce de 20 francs Vreneli tel que nous le connaissons aujourd'hui

Landry su saisir l’opportunité d’un second concours. Motivé et respectant les instructions et critiques du jury, Landry améliora son premier projet. L’effigie de Vreneli, telle que nous la connaissons aujourd’hui, était née !

Contrairement au premier projet, le buste de la femme à l’avers ne portait plus les cheveux détachés. Bien que Landry n’ait pas modifié le profil de l’Helvetia resté strictement identique, les cheveux désormais tressés donnent à la jeune femme une apparence plus mature. Au lieu de fleurs de rhododendrons, la robe est désormais ornée de motifs d’edelweiss et le décor de montagne est légèrement plus discret.

Münzbild, überarbeiteter Entwurf von Landry, Avers
Münzbild, überarbeiteter Entwurf von Landry, Revers

Une victoire sans appel pour Landry

Le jury décida à l’unanimité, à la condition que l’importance des montagnes en fonds soit encore réduite, de recommander aussi bien l’avers que le revers du projet Landry. C’est ainsi que le 14 novembre 1895, le Conseil fédéral prit la décision finale d’utiliser le deuxième projet de Landry pour la pièce d’or suisse de 20 francs. Pour remplacer la devise bernoise problématique, il fut également décidé que 22 étoiles, représentant les 22 cantons suisses, seraient désormais apposées sur la tranche de la pièce.

Fait intéressant, le nouveau projet de Landry devait également orner l’avers de la pièce de 5 francs, mais dans les faits cette décision ne fut jamais appliquée. L’avers de la pièce de 5 francs suisse resta ainsi inchangé de 1888 à 1916.

Schweiz, Stirnlocken-Vreneli 1897, Vs.
La mèche donne lieu à des réclamations

Quatrième acte

Une mèche qui échauffe les esprits

Fin février 1896, le contrat pour la fabrication d’un coin monétaire original et d’un premier coin d’usage fut signé entre la Confédération suisse et le professeur Fritz-Ulysse Landry. Le délai pour la réalisation des coins fut fixé au 1er novembre 1896. Il était prévu de commencer les premières frappes en décembre de la même année, mais le délai ne pu être respecté. Ce n’est qu’à la fin de l’année 1896 qu’il fut possible de réaliser les 12 premiers essais de la pièce de 20 francs. Pour la validation finale avant mise en production, ces essais furent envoyés pour examen aux 7 conseillers fédéraux, au chancelier de la Confédération, aux deux vice-chanceliers et au graveur. Un douzième exemplaire fut envoyé au Cabinet fédéral des Monnaies pour être archivé.

Après réception de l’essai, un magistrat zélé, probablement le conseiller fédéral Hauser lui-même, critiqua la présence d’une boucle de cheveux sur le front donnant « un aspect frivole à la femme ». Dans une lettre du 8 janvier 1897 adressée au conseiller fédéral Hauser, Landry répondit à cette critique en ces termes:

« Je vous expédie avec ces lignes, une boîte renfermant la pièce de 20 Francs frappée avec les coins d’essai, que vous m’aviez remise, et à laquelle, j’ai fait subir un changement, en enlevant la mèche de cheveux en avant du front, afin de me rendre compte de l’effet plus ou moins heureux, au point de vue artistique, de la simple silhouette de la tête ».

« J’avoue que celle-ci me plait davantage ainsi, et que votre critique, monsieur le Conseiller, sur ce point, me parait parfaitement justifiée, aussi je pourrai m’arranger à enlever cette mèche de cheveux sur le poinçon, aussitôt que j’aurai reçu votre réponse à ces lignes »

Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli, Vs.
Dessin final avec mèche enlevée

L’exemplaire retravaillé par Landry mentionné dans cette lettre se trouve aujourd’hui dans la collection du Musée des Beaux-Arts de Neuchâtel. Les traces laissées par l’outil utilisé pour la suppression de la boucle frontales y sont encore clairement visibles.

Cet incident de la mèche est également mentionné dans l’extrait du procès-verbal de la séance du Conseil fédéral du 12 janvier 1897 :
« Sur proposition du Département des finances, il est décidé d’autoriser le professeur Landry à terminer ses travaux et à livrer les coins monétaires définitifs, sous réserve que soit supprimée sur ces derniers la petite mèche qui dépasse à droite de la tête ».

C’est ainsi que cette mèche fut définitivement supprimée sur les coins de frappe et absente sur les frappes régulières du Vreneli.

Münzbild, überarbeiteter Entwurf von Landry, Revers
La croix suisse est mesurée avec précision

Cinquième acte

Le casse-tête de la précision suisse

Lors d’une réunion du 3 mars 1896, le Conseil fédéral suisse avait établi la règle suivante:

« que le rapport entre la longueur et la largeur de la croix fédérale soit de 7:6 pour le nouveau dessin de la monnaie ».

Cette décision s’appuyait sur l’arrêté fédéral du 12 décembre 1889, qui réglementait clairement l’apparence des armoiries fédérales et leurs proportions.

Les branches de la croix trop courtes de 0.116 mm

Suite à l’incident de la mèche présenté précédemment et à la demande de correction du poinçon, le directeur de l’Office fédéral de vérification, aujourd’hui l’Institut de métrologie, fut contacté par le Département des finances le 19 janvier 1897 afin de vérifier si la croix suisse sur le coin livré par Landry était bien conforme à la règle du 7:6.

Malheureusement, la réponse fut négative selon le rapport de l’organisme de vérification:

« Les branches devraient […] avoir une longueur de 2,141 mm. Or, la moyenne des longueurs des branches n’est que de 2,025 mm ; elles sont donc trop courtes de 0,116 mm ».

Naturellement, le Conseil fédéral exigea immédiatement une nouvelle correction des coins monétaires, mais le professeur Landry trouva que cela allait trop loin. Dans sa lettre du 21 janvier 1897 adressée au Conseil fédéral, son mécontentement se laisse clairement sentir. Après un si long processus, devoir réaliser un nouveau coin monétaire pour une erreur de 0,116 mm, était définitivement trop de précision suisse pour l’artiste ! L’adaptation souhaitée par le conseil fédéral ne fut ainsi jamais réalisée.

Conclusion de l'artiste

Schweiz, 20-Franken-Goldvreneli, Vs.

Les cinq actes de la passionnante et laborieuse histoire de la création du Vreneli qui dura deux années, se terminent ici avec les mots de Landry dans une lettre adressée à Monsieur le Conseiller fédéral Hauser. L’artiste y résume avec ses mots, l’effort inimaginable que représente la création d’une pièce de monnaie.

Dans cette lettre datée du 24 mai 1897, on peut ainsi lire :

Schweiz, Stirnlocken-Vreneli 1897, Rs.

« Après ce travail considérable, après tous les soucis, les déboires inévitables pour tout artiste qui travaille l’acier, et se trouve en lutte incessante avec ce métal qui nous réserve des surprises de toutes espèces, qu’il est impossible de prévoir, il est doux à l’artiste, de recevoir l’approbation de son œuvre terminée, et de savoir que malgré ses imperfections, elle peut être un progrès dans la réalisation du type qui doit symboliser la Patrie »

Le surnom « Vreneli »

Origine & liens

Recherches & textes :
Dr. Jonas Emmanuel Flueck

D'où vient le surnom « Vreneli » ?

L’origine du surnom « Vreneli » est depuis longtemps une énigme. Dans la littérature numismatique ainsi que dans les articles et publications consacrés à cette pièce d’or, il est toujours affirmé que le surnom « Vreneli » ne fut utilisé qu’à partir de la Seconde Guerre mondiale et n’apparut pour la première fois sous forme écrite qu’en 1943.

Mädchen beim Stricken, Zeichnung

Utilisé bien plus tôt que supposé

Nos recherches contredisent cette affirmation. La plus ancienne publication imprimée du nom « Vreneli » que nous ayons pu retrouver date du 19 mars 1904, soit près de 40 ans avant la première version imprimée supposée à ce jour.

L’inscription de 1904 provient de la Chronique de la ville de Zurich n° 12, page 91, où l’on peut lire :

« Peu d’or (200’000 pièces de vingt francs, « Vreneli ») […] a été frappé à l’ancienne Monnaie durant l’année sous revue ».

D'autres exemples retrouvés

Nous avons pu retrouver d’autres exemples du surnom « Vreneli » publiés avant 1943 :

1909 : Dans le journal Grüntlianer du 20 mars 1909, première page, Bundesbrief, lettre du 18 mars 1909, on peut lire ce qui suit :
« Si les conseillers sont assurés d’avoir des Gold vreneli, ils se retrouvent bientôt à discuter dans les couloirs ou les antichambres ou ailleurs ».

1911 : Dans le journal Grütlianer du 10 octobre 1911, première feuille, fin de la session et de la période administrative, on peut encore lire ceci : « […] les messagers du loup (conseillers) sont rapidement apparus le matin pour attester de leur présence, recevoir les jetons de présence sous forme de nouveaux Vreneli en or, puis s’éclipser le plus rapidement possible ».

1912 : Le procès-verbal de la séance de la Direction générale de la Banque nationale suisse du 4 janvier 1912 traite du point 198 de l’ordre du jour : « Il est noté au procès-verbal que la gravure des médaillons avec la « tête de Vreneli » a été approuvée par voie de circulation et que le « bon à tirer » pour la coupure de 20 francs a ainsi été délivré de manière définitive ».

Liens avec Guggisberg?

La littérature numismatique spécialisée répond généralement à la question de l’origine du surnom « Vreneli » de la manière suivante: « Vreneli est le diminutif du prénom féminin Verena, très répandu en Suisse. Et comme l’Helvétia représentée est très jeune, il s’agirait plutôt d’une Vreneli que d’une mère de famille mûre nommée Verena ».

De notre point de vue, le nom devrait plutôt être mis en relation avec la célèbre et ancienne chanson populaire suisse « s’Vreneli ab em Guggisberg » ou « Chanson de Guggisberg ». En effet, nos recherches montrent que jusqu’à la Première Guerre mondiale, à l’époque où le Vreneli était en circulation comme moyen de paiement, il n’y avait pas une fête de village ou une fête populaire en Suisse lors de laquelle cette chanson ne fut pas jouée. Les journaux de l’époque relatent ainsi dans d’innombrables articles la grande popularité de cette chanson, qui était certainement connue de tous les Suisses et Suissesses de l’époque.

s'Vreneli ab-em Guggisberg​

La chanson raconte l’histoire de Vreneli de Guggisberg, qui se languit de son bien-aimé Simes Hans-Joggeli et trouve dans l’image de la roue du moulin qui tourne sans cesse un réconfort pour son amour persistant.

Werbeplakat Guggisberglied

Dans un article publié dans la Schweizerische Numismatische Rundschau de 1897, la représentation de l’Helvétia était décrite comme suit :

« La jeune fille semble être dans un état d’esprit où résonnent la mélancolie, le mysticisme, un peu d’admiration et beaucoup d’attente : L’attente de quoi ou de qui ? Personne ne le sait. […] l’attente de la jeune fille a pour objet quelque chose de plus réel [comme par exemple] son fiancé qui doit venir de l’autre côté de la montagne […] ».

Nous pouvons ainsi supposer que les gens de l’époque virent rapidement dans la nouvelle pièce d’or une ressemblance évidente avec la Vreneli de cette chanson populaire et très appréciée. En effet, les caractéristiques de la jeune Helvetia de Landry dans un décor alpin correspondent merveilleusement à l’histoire et aux émotions de la Vreneli ab em Guggisberg.

Werbeplakat Helvetia Nähmaschinen

Les muses de Landry

Dans la seconde moitié du 20e siècle, l’identité de la muse de Landry ayant servi de modèle pour sa Vreneli fit l’objet de nombreux débats. Ce furent les fils respectifs de deux muses potentielles qui se disputèrent l’attribution de ce rôle prestigieux pour leur mère, ce que de nombreux articles de presse de l’époque ont relaté. Françoise Kramer-Egli (1859–1946) de Neuchâtel et Rosa Kruck-Tännler (1879–1946) de Gadmen dans le Haut-Hasli furent considérées comme les candidates les plus probables. Ces deux dames connaissaient personnellement Landry.

L’allure juvénile de l’Helvétia, régulièrement critiquée depuis la première version du Vreneli en 1895, plaide plutôt en faveur de Mme Rosa Kruck-Tännler comme muse de Landry. En effet, en 1895, Rosa n’avait que 16 ans, alors que Mme Kramer en avait déjà 36. De plus, Landry mentionne qu’il s’est « inspiré d’un type de femme très pur du Hasli », région alpine où se situe Gadmen ou Rosa vivait.

Finalement, comme Landry ne s’exprima jamais personnellement sur l’identité de sa muse, nous pensons que cette question peut rester ouverte. Il n’est d’ailleurs pas impossible, comme cela est d’usage chez les artistes, que le portrait de Vreneli soit en réalité le fruit de l’inspiration née de la conjugaison de plusieurs muses.

Une production en
deux temps

Recherches & textes
Dr. Jonas Emmanuel Flueck

Le Vreneli, est-il la première et unique pièce d'or de la Confédération suisse?

Schweizerische Nationalbank, Gebäudefront
Banque nationale suisse à Berne

Le Vreneli fut émis pour la première fois en 1897, 50 ans après la création de l’État fédéral suisse moderne, le 12 septembre 1848. S’il s’agit de la pièce d’or la plus connue de la Confédération suisse, cependant ce n’est pas la première ni la seule émission.

La première pièce fédérale en or fut produite entre 1883 et 1896. Cette monnaie est connue sous le nom d’Helvétia. Son tirage total relativement faible de 1’750’000 exemplaires est 30 fois inférieur à celui du Vreneli et c’est la raison pour laquelle ce type est plus rare et donc plus méconnu.

Le Vreneli comme monnaie courante de 1897–1935

De 1897 à 1935, les Vreneli sont produits pour servir de moyen de paiement courant. Durant cette période, 19’425’442 exemplaires furent frappés, ce qui correspond à un tiers de la production totale. En 1936, la crise économique entraîne l’arrêt de la frappe.

Après la dévaluation du franc français suite à la crise économique de 1931, un « Arrêté relatif à des mesures extraordinaires destinées à rétablir l’équilibre financier du budget de la Confédération » du 27 septembre 1936 entraina une dévaluation du franc suisse de 30%. De ce fait, la valeur de l’or contenu dans un Vreneli dépassa sa valeur nominale de 20 francs, pour atteindre 28 francs. Bien que le Vreneli ne fût jamais officiellement retiré de la circulation, il disparut des transactions quotidiennes et sa frappe fut arrêtée.

Le Vreneli comme refrappe officielle et instrument financier dans la période d'après guerre: 1945–1949

Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, à partir de février 1945, la frappe des Vrenelis fut réactivée. Cette décision s’appuyait sur deux raisons principales :

  1. La fin de la guerre étant prévisible, la Suisse s’attendait à une très forte demande internationale de pièces d’or. L’état suisse voulait être prêt à y faire face.
  2. Pendant la guerre, la Banque nationale suisse accumula d’énormes stocks d’or qu’elle désirait maintenant réduire. En produisant davantage de Vreneli, la Confédération trouvait une solution pratique et avantageuse pour réduire rapidement ses stocks d’or.

Plus de 39 millions d'exemplaires LB frappés

Entre février 1945 et avril 1947, des pièces d’or de 20 francs furent frappées, volontairement antidatées avec le millésime 1935. Comme il existait déjà des émissions du millésime 1935, les frappes antidatées furent distinguées par la présence de lettre L pour lingot disposée à côté du millésime et de la marque d’atelier B (pour Berne).

Les refrappes ne devaient pas servir de moyen de paiement mais d’instrument financier et de pièces d’investissement. Au total, 39’208’813 exemplaires 1935 LB furent frappés, soit plus du double de la quantité de Vrenelis frappés entre 1897 et 1935.

Schweiz, 20 Franken 1935 LB, Gold, Revers
Refrappe de 1935 avec LB

Pourquoi la série LB fut elle antidatée ?

L’explication officielle de la Confédération est que ces refrappes furent réalisées sur la base des lois monétaires en vigueur avant l’arrêté fédéral de 1936 et la dévaluation du franc suisse qui s’en suivi.

Officieusement, les raisons étaient tout à fait différentes. Après la fin de la guerre, la Suisse fut vivement critiquée par les Alliés pour ses relations économiques et financières étroites avec les puissances de l’Axe. Pour se protéger d’éventuelles spéculations quant à l’origine de l’or utilisé pour les émissions de Vreneli, les autorités décidèrent d’antidater ces exemplaires avec une date d’avant-guerre, 1935.

Avec la conclusion des accords de Washington le 25 mai 1946 et le versement par la Suisse d’une indemnisation de 250 millions de francs pour la reconstruction de l’Europe, les Alliés renoncèrent à formuler de nouveaux reproches à l’encontre de la Suisse. La manipulation de la date devenait ainsi superflue.

AD LEGEM ANNI MCMXXXI – en vertu de la loi de 1931

Le Conseil fédéral décida en mars 1947 d’apposer sur les frappes le millésime réel. L’inscription sur la tranche fut également modifiée:
les 22 étoiles furent remplacées par la légende latine AD LEGEM ANNI MCMXXXI – en vertu de la loi de 1931.

Les derniers Vrenelis de 20 Francs furent produits en 1949.

Sources utilisées

Fedel Lorenzo: Vreneli, in Historisches Lexikon der Schweiz (HLS) – Lexique historique de la Suisse

Fischbacher Daniel M.: Unser Goldvreneli. Praktisches und informatives Nachschlagewerk über die beliebteste Goldmünze der Schweiz. Aesch BL, Herbst 2007, 82 S.

Germann Raphael: Goldvreneli, Konflikt um das Modell der Münze. 2019, 22 S.

Offizielles Bulletin zum Goldvreneli der Swissmint – Bulletin officielle de Swissmint

Rosen Josef: Vom Goldvreneli, in Schweizerische Kreditanstalt (SKA)-Bulletin, 82. Jahrgang. Juli 1976. Seite 34-37. 
Bulletin du Crédit Suisse, 82e année. Juillet 1976, pages 34-37.

Schweizerisches Bundesarchiv –
Les Archives fédérales suisses AFS