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La médaille de l'opulence

Magnifique médaille d'or de Marie de Medicis,
Régente de France 1610-1614

France, Royaume. Marie de Medici, Régente de France, 1610-1614.
Médaille d’or nd; non signé; Ø 52 mm; 67.41g.
Rarissme fonte original en or. Attribuée à Guillaume Dupré. Unique exemplaire connu.

Lot 58 / est. CHF 50’000 / adj. CHF 110’000

Cette médaille d’or a été réalisée entre 1610 et 1614 pour Marie de Médicis, mère du roi de France Louis XIII, alors régente du royaume. Elle est attribuée au célèbre sculpteur et médailleur Guillaume Dupré. Unique en or, elle représente un chef-d’œuvre de l’art de la médaille, le résultat unique, coulé en or, de la rencontre d’un artiste brillant du début du XVIIe siècle et de l’une des plus ambitieuses reines de France.

Notre vidéo vous présente les caractéristiques de cette médaille, comme son iconographie, sa rareté, son intérêt historique et numismatique et sa valeur artistique.

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Cette vidéo est également disponible en anglais et en allemand

La médaille de l'opulence dans vos mains

La médaille de l'opulence et son époque

Texte de Dr. Jonas Emmanuel Flueck

Les médailles ont toujours été utilisées comme un moyen de communication et de propagande. Elles représentaient ainsi un outil publicitaire, destiné à véhiculer par son iconographie et ses légendes un message politique explicite et parfois subliminal.

Lorsque les médailles étaient réalisées par un bon médailleur, les portraits à l’avers présentaient généralement les trais réalistes de la personne illustrée. Mais lorsqu’elles étaient réalisées par un artiste exceptionnel, comme c’est le cas ici, les médailles figuraient plus qu’un simple portrait réaliste, elles représentaient un véritable miroir de l’âme.

Cette médaille est un chef-d’œuvre de l’art de la médaille, le résultat unique, coulé en or, de la rencontre d’un artiste brillant du début du XVIIe siècle et de l’une des plus ambitieuses reines de France.

Iconographie

Cette médaille d’or a été réalisée entre 1610 et 1614 pour Marie de Médicis, mère du roi de France Louis XIII, alors régente du royaume.
Elle est attribuée au célèbre sculpteur et médailleur Guillaume Dupré.

À l’avers, nous pouvons voir un portrait très élaboré de la Reine à droite.
Au revers, un coq picorant les graines d’une grenade entrouverte, dans un paysage de campagne.

Rareté

Ce qui est vraiment exceptionnel, c’est que cette médaille est unique. À notre connaissance, c’est le seul spécimen connu en or et il manque ainsi dans les collections des plus importants musées du monde.

Mérite artistique

Comme nous l’avons déjà mentionné, cette médaille est attribuée à Guillaume Dupré, le médailleur français le plus réputé de son temps. Un artiste reconnu pour avoir mené l’art de la médaille français à son apogée.

L’importance de sa contribution à la numismatique et l’art de la médaille est illustrée, outre son œuvre impressionnante, par le fait que la plus importante salle de réception de la Monnaie de Paris, siège historique de l’atelier monétaire français, porte son nom.

En 1611, sous la Régence de Marie de Médicis, Dupré devient premier sculpteur du Roi, il occupe ainsi le poste le plus importante de sculpteur et médailleur officiel de la famille royale. Ceci explique pourquoi Guillaume Dupré a fourni tant d’efforts pour la création de cette médaille.

Le Louvre et sa Galerie, détail

Ce qui est vraiment intéressant, c’est que Dupré a été parmi les premiers artistes à être placés sous patronage royal dans la Galerie du Louvre nouvellement construite par Henri IV à Paris. C’est là, à proximité immédiate de la famille royale, que se trouvaient son atelier et ses fourneaux, et c’est à cet endroit que notre médaille a dû être produite. Les sources écrites de l’époque racontent même que le Dauphin Louis, futur roi Louis XIII, aimait jouer dans cette Galerie et qu’il a même appris à modeler l’argile avec Dupré.

Nous pouvons ainsi imaginer l’atmosphère de créativité artistique qui devait régner dans cette Galerie du Louvre, où se trouvaient les ateliers des artistes les plus talentueux de cette époque, sous le patronage de la famille royale. Un centre de création qui a donné naissance, entre autres chefs-d’œuvre, à cette magnifique médaille.

Ce qui rend cette médaille unique et si attrayante, c’est le très haut relief du portrait de la Reine à l’avers ainsi que la précision dans les détails de la représentation des vêtements richement parés et de sa coiffure élaborée. En l’observant de près, on peut même voir que l’artiste a ciselé les moindres détails du costume et de la dentelle afin de donner une impression de richesse à cette médaille.

Une médaille d’une telle qualité n’a pu être réalisée que par un maître de l’art de la fonte comme l’était Guillaume Dupré, surtout lorsque l’on sait que l’or est un métal très difficile à couler.

Elle peut ainsi être considérée comme un témoignage extrêmement rare des compétences exceptionnelles des artistes français du début du XVIIe siècle.

Mais en tant que médaille coulée, elle est aussi, parmi les autres médailles de Dupré, l’un des derniers témoignages de l’art de la médaille de la Renaissance, né en Italie plus d’un siècle plus tôt. Un art qui a fait la joie de tant de monarques de cette époque.

Pouvoir symbolique

Le portrait exceptionnel de Marie de Médicis à l’avers illustre parfaitement l’esprit de cette femme ambitieuse. Quand on le regarde, trois aspects de sa personnalité nous viennent à l’esprit :

Le premier aspect est –
‘son opulente origine florentine’

Née en 1575 à Florence, sixième enfant du grand-duc de Toscane, Marie de Médicis fût élevée dans une grande richesse.

Considérée comme la plus riche héritière d’Europe après la mort par empoisonnement de son père et de sa maîtresse, elle est mariée au roi de France Henri IV en 1600. Et le fait que la principale motivation de ce mariage était la dot très importante qu’elle apportait au roi de France, cela lui valut le surnom de ‘la grosse banquière’ dès son arrivée à la cour de France.

Le second aspect est –
‘son insatiable ambition politique’

Ici, nous pouvons admirer Marie de Médicis au sommet de sa vie politique, gouvernant le royaume de France comme régente de son fils Louis, encore trop jeune pour régner. Une position de premier plan qu’elle ambitionnait d’occuper depuis longtemps.

Elle dû ainsi attendre 10 ans après son mariage avec Henri IV pour être couronnée reine de France en 1610, mais elle ne dû attendre qu’un jour de plus pour devenir régente, après le décès du roi tragiquement assassiné le jour suivant son couronnement. Une séquence d’événements qui a donné lieu à de nombreuses rumeurs sur sa possible implication dans la mort de son mari entrainant ainsi un manque de légitimité à sa régence.

Marie de Medicis, Régente de la France - tableau de
Frans Pourbus le Jeune

Par conséquent, et afin de renforcer sa position fragile, Marie de Médicis décida d’utiliser la richesse pour assoir sa légitimité et sa politique et l’exprimait ainsi dans tous les aspects de son image. C’est pourquoi son portrait sur cette médaille est si opulent, comme l’étaient également les portraits en peinture, notamment ceux réalisés par le peintre Frans Pourbus le Jeune.

Mais cette ambition insatiable devint bientôt la source de nombreux conflits avec son fils Louis XIII.

À la fin de la Régence, en 1614, elle refusa de donner le pouvoir à son fils, pourtant maintenant en âge de régner. Ce n’est qu’en 1617 que Louis XIII, par la force, pu reprendre sa couronne après avoir bannit sa mère de la cour.

Son insatiable ambition conduira même Marie de Médicis à lever une armée contre son propre fils pour le renverser et le remplacer par son jeune frère Gaston.

Enfin, malgré sa réconciliation avec son fils, cette ambition la conduira à être bannie une seconde fois en 1630, mais cette fois-ci, pour de bon. Ce sera la dernière fois que Marie de Medicis verra son fils, jusqu’à sa mort 12 ans plus tard en 1642.

Le troisième aspect est –
‘son immense Ego’

Cette médaille est aussi l’illustration du fait que Marie de Médicis su, dans la pure tradition des Médicis, mobiliser les arts pour célébrer sa grandeur et servir sa politique.

Une stratégie illustrée dans le célèbre cycle de Marie de Medicis composé de 24 tableaux à la gloire de la reine, qu’elle commanda au peintre Rubens pour décorer son tout nouveau palais du Luxembourg.

Cette médaille illustre ainsi parfaitement tous les traits de personnalité de cette reine de caractère.

Et Il ne pouvait y avoir métal plus approprié que l’or et artiste plus talentueux que Guillaume Dupré pour créer une médaille digne d’une femme aussi opulente et ambitieuse que la reine Marie de Medicis.

Une médaille de provenace prestigieuse

Martine, Comtesse de Béhague, 1870-1939

Cette médaille fait partie d’un petit ensemble de médailles exceptionnelles, assemblé au début du 20ème siècle par la célèbre collectionneuse d’art, numismate et mécène, Martine, Comtesse de Behague, 1870-1939.

La médaille a été vendue à la vente aux enchères 21 de Lugdunum à la fin du printemps 2021.

Le consignataire a généreusement décidé de faire don de la somme qu’il recueillera à l’issu de la vente de cette médaille, pour soutenir la reconstruction et la rénovation de la cathédrale Notre Dame de Paris.

Cathédrale Notre Dame de Paris